Prognathisme mandibulaire chez le chien : causes, symptômes et traitement
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Qu'est-ce qu'une malocclusion de classe III (ou prognathisme dentaire) ?

Le prognathisme mandibulaire, ou malocclusion de classe III chez le chien, se caractérise par une mâchoire inférieure qui dépasse la mâchoire supérieure, souvent due à une mandibule excessivement longue ou à un maxillaire relativement court. De ce fait, les dents inférieures sont en avant des dents supérieures lorsque la gueule du chien est fermée.
Les races brachycéphales (à tête courte), comme les bouledogues, les bouledogues français, les carlins, les pékinois et les chiens similaires, présentent fréquemment cette caractéristique. Chez ces races, un léger prognathisme est souvent considéré comme faisant partie du standard, donnant au visage une apparence caractéristique de « mâchoire proéminente ». Cependant, lorsqu'il est prononcé, le prognathisme peut entraîner une usure dentaire anormale et des traumatismes buccaux. Les canines ou incisives inférieures peuvent frotter de façon répétée contre les gencives ou le palais supérieurs, provoquant une gingivite, des ulcères buccaux et une gêne chronique. Des études indiquent que la malocclusion chez le chien est fréquemment associée à des douleurs chroniques, ce qui signifie que même les corrections dentaires dites esthétiques peuvent avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie de l'animal.
Races prédisposées au prognathisme

Le prognathisme est relativement fréquent chez les chiens, notamment chez les races brachycéphales. Outre les bouledogues, les carlins, les bouledogues français et les pékinois, des races comme les boxers, les bull-terriers, les shih tzus et les westies sont également prédisposées. La sélection génétique pour des structures faciales raccourcies a engendré des caractéristiques squelettiques héréditaires : une mâchoire supérieure plus courte associée à une mâchoire inférieure relativement allongée, ce qui conduit à une mandibule naturellement proéminente.
Bien qu'une légère malocclusion de classe III puisse être acceptable, voire attendue, chez certaines races, une protrusion mandibulaire excessive peut compromettre la santé bucco-dentaire et le bien-être général.
Causes du prognathisme canin

Le développement d'une malocclusion de classe III implique généralement de multiples facteurs contributifs :
Facteurs génétiques :
La génétique joue un rôle prépondérant, notamment chez les races brachycéphales. La sélection génétique à long terme a favorisé des caractéristiques telles que des maxillaires raccourcis et des mandibules allongées. Les recherches montrent systématiquement que l'hérédité est la principale cause de malocclusion chez le chien.
Développement dentaire anormal :
Chez le chiot, la persistance des dents de lait peut occuper de l'espace dans l'arcade dentaire et gêner l'éruption des dents permanentes. Ce chevauchement peut contraindre les dents permanentes à adopter des positions anormales, accentuant ainsi la protrusion mandibulaire. Si les dents de lait persistantes ne sont pas extraites rapidement, les dents permanentes risquent de pousser incorrectement, aggravant le problème d'occlusion.
Traumatisme ou maladie de la mâchoire :
Les fractures de la mâchoire survenues pendant la croissance et ayant mal consolidé, ou les anomalies congénitales affectant le développement de la mâchoire, peuvent entraîner une disproportion entre les longueurs des mâchoires. De plus, un stress mécanique chronique dû à de mauvaises habitudes de mastication ou au fait de ronger fréquemment des objets durs peut progressivement déplacer les dents et aggraver la malocclusion.
En résumé, la prédisposition génétique est la principale cause de la malocclusion de classe III, tandis que les facteurs environnementaux et développementaux peuvent déclencher ou aggraver sa gravité.
Signes courants et caractéristiques cliniques

La détection précoce d'une malocclusion de classe III permet une intervention rapide. Le signe le plus évident est la protrusion mandibulaire : lorsque le chien ferme la gueule, les canines ou incisives inférieures dépassent les dents supérieures. Le chien peut sembler incapable de fermer complètement la gueule, et les canines inférieures peuvent ne pas être correctement alignées avec l'arcade dentaire supérieure.
Le contact continu entre les canines inférieures et les tissus mous supérieurs peut entraîner des douleurs et des lésions buccales, notamment une inflammation des gencives et des ulcérations. Les propriétaires peuvent remarquer :
- Incapacité à fermer complètement la bouche, la lèvre inférieure ou les commissures des lèvres restant ouvertes.
- Difficultés à manger, perte de nourriture ou mastication préférentielle d'un côté
- Des lésions buccales récurrentes ou des signes d'infection, tels qu'une salivation excessive ou une aggravation de la mauvaise haleine, doivent alerter.
Durant la phase de poussée dentaire, la présence de dents de lait persistantes et de dents permanentes mal alignées doit faire craindre un prognathisme mandibulaire en développement.
Conséquences potentielles sur la santé

Une malocclusion dentaire de classe III est plus qu'un simple problème esthétique ; si elle n'est pas traitée, elle peut entraîner plusieurs complications à long terme :
Risque accru de maladie parodontale :
Des dents chevauchées ou mal alignées créent des zones difficiles à nettoyer, ce qui facilite l'accumulation de plaque dentaire et de tartre. Cela accélère la progression de la gingivite et des maladies parodontales.
Traumatismes buccaux et usure dentaire anormale :
Les canines inférieures peuvent traumatiser de façon répétée les gencives supérieures ou le palais dur, entraînant des ulcérations chroniques et des douleurs. Un contact anormal entre les dents peut également provoquer une usure excessive ou irrégulière.
Difficultés de mastication et de digestion :
Une malocclusion dentaire sévère peut réduire l'efficacité de la mastication, entraînant des difficultés à manger et à avaler. À terme, cela peut nuire à l'absorption des nutriments et à la digestion.
Stress au niveau de l'articulation temporomandibulaire (ATM) :
Une force de mastication inégale exerce une pression supplémentaire sur les articulations de la mâchoire, augmentant ainsi le risque d'inflammation de l'articulation temporo-mandibulaire, d'arthrite et de douleurs chroniques.
Conditions associées :
De nombreux chiens présentant un prognathisme important, notamment les races brachycéphales, souffrent également de troubles respiratoires. Les anomalies de la mâchoire peuvent aggraver les difficultés respiratoires, rendant les chiens atteints plus sujets à la détresse respiratoire à l'effort.
Globalement, une malocclusion dentaire non traitée peut compromettre considérablement la santé bucco-dentaire et la qualité de vie, rendant l'évaluation et l'intervention vétérinaires essentielles en cas de problème.
Options de correction et de traitement

Un traitement est-il toujours nécessaire ?
Une légère malocclusion de classe III sans signes de douleur ni de gêne fonctionnelle ne nécessite pas forcément d'intervention immédiate. Des examens dentaires réguliers sont recommandés pour surveiller son évolution. Cependant, en cas de traumatisme buccal, de douleur ou de difficultés d'alimentation, un traitement doit être envisagé. Les options thérapeutiques courantes comprennent :
Correction orthodontique :
Les appareils dentaires, comme les plaques occlusales en acrylique ou les fils orthodontiques, permettent d'appliquer des forces contrôlées pour repositionner progressivement les dents mal alignées et obtenir une occlusion plus confortable. Cette approche est plus efficace chez les jeunes chiens et nécessite généralement plusieurs consultations de suivi pour des ajustements.
Réduction de la couronne :
Pour les canines inférieures qui blessent régulièrement les tissus supérieurs, la hauteur de la couronne peut être réduite, souvent en association avec un traitement de canal, afin d'éliminer le contact douloureux tout en préservant la fonction de la dent.
Extraction dentaire :
Les dents très mal positionnées, chevauchées ou non corrigibles — y compris les dents de lait persistantes ou les dents permanentes mal positionnées — peuvent être extraites afin de créer de l'espace et de réduire les traumatismes occlusaux. Les extractions sont souvent associées à des techniques orthodontiques pour optimiser la fonction masticatoire.
L'objectif principal de tous les traitements est d'éliminer le conflit entre les dents et les tissus, de soulager la douleur et d'établir une occlusion aussi fonctionnelle et confortable que possible. La plupart des interventions dentaires nécessitent une anesthésie et des soins postopératoires attentifs. Chaque cas doit être évalué individuellement par un vétérinaire qualifié ou un spécialiste en dentisterie vétérinaire.
Soins et gestion quotidiens

Hygiène buccale :
Un brossage régulier des dents est essentiel pour prévenir les maladies parodontales. Un brossage quotidien avec un dentifrice adapté aux animaux, combiné à des nettoyages dentaires professionnels et à des examens dentaires précoces, réduit considérablement l'accumulation de plaque et les maladies bucco-dentaires.
Objets à mâcher appropriés :
Les bâtonnets à mâcher et les jouets à mâcher sans danger contribuent à nettoyer la surface des dents et à stimuler la santé des gencives, tout en réduisant les comportements de mastication destructeurs. Il est déconseillé aux chiens suivant un traitement orthodontique ou en convalescence après une chirurgie buccale de mâcher des objets durs comme des os, qui pourraient endommager leurs dents ou les appareils dentaires.
Régime alimentaire mou :
Pendant un traitement orthodontique ou après une intervention dentaire, une alimentation molle est souvent recommandée afin de minimiser les efforts de mastication et de favoriser la cicatrisation. Les croquettes sèches et les friandises dures sont à éviter jusqu'à la guérison complète.
Réexamens réguliers :
La correction d'une malocclusion de classe III nécessite un suivi à long terme. Même après correction, des examens dentaires vétérinaires périodiques sont nécessaires pour évaluer le fonctionnement de l'appareil, la cicatrisation et la santé bucco-dentaire générale.
Considérations relatives à la reproduction et à la prévention
Le prognathisme étant fortement héréditaire, les chiens présentant une malocclusion sévère sont généralement déconseillés pour la reproduction. Les éleveurs responsables privilégieront les chiens à l'occlusion normale afin de réduire la fréquence des anomalies dentaires héréditaires. Il est souvent recommandé aux chiens atteints de stérilisation et de soins dentaires appropriés.
La surveillance préventive doit débuter dès le plus jeune âge. Entre trois et six mois, les propriétaires doivent observer attentivement la poussée dentaire. La détection précoce d'une anomalie de l'occlusion permet une intervention rapide et peut prévenir des problèmes plus graves ultérieurement.
Conclusion
Le prognathisme canin est particulièrement fréquent chez les races brachycéphales et est étroitement lié à des facteurs génétiques et de développement. Les cas bénins peuvent se limiter à une simple surveillance et à une bonne hygiène bucco-dentaire, tandis que les cas plus sévères nécessitent une intervention orthodontique ou chirurgicale. Un dépistage précoce, un traitement rapide et des soins dentaires rigoureux sont essentiels pour préserver le confort et la santé bucco-dentaire à long terme. La responsabilité des propriétaires et des éleveurs, en collaboration avec les vétérinaires, joue un rôle crucial pour garantir une occlusion fonctionnelle et une bonne qualité de vie aux chiens atteints.